« Au contact » #16 Michèle Courtin

Michèle Courtin revient pour Rebonds! sur sa carrière dans l’Éducation Nationale et son parcours marqué par l’engagement associatif, notamment à Rebonds! où elle est administratrice. Son rôle auprès de l’association reflète les valeurs qui lui sont chères et qui l’ont suivi tout au long de sa carrière : la rencontre la connaissance de l’autre, le partage et la diversité.

Bonjour Michèle et merci pour votre venue, pouvez-vous vous présenter brièvement ?
Je suis retraitée de l’Education Nationale depuis deux ans et demi, auparavant j’étais professeure de lettres mais j’ai souhaité rapidement faire évoluer ma carrière en devenant coordinatrice culturelle auprès de l’inspecteur de l’académie de la Haute-Garonne. Je suis devenue référente culture et mémoire à l’Inspection Académique qui s’appelle désormais la Direction Académique de la Haute-Garonne. J’avais également des missions au niveau du rectorat de l’académie de Toulouse.

Pouvez-vous nous parler de votre ancienne profession ?
Je suis restée une vingtaine d’années en tant que coordinatrice culturelle auprès de la Haute-Garonne. Ça a été un grand plaisir pour moi, non pas que je voulais abandonner mes élèves, loin de là. Je les adorais et j’adorais mon métier d’enseignante. J’avais envie de changer, de m’investir. Je faisais de nombreux projets culturels et mémoriels, d’où les fonctions que j’occupe aujourd’hui, que j’ai souhaité conserver et prolonger. C’est au niveau culturel que j’ai d’ailleurs pu faire la rencontre de l’association Rebonds!. Mon poste m’a permis de rester au contact des élèves puisque j’allais quand même dans les établissements scolaires pour les projets… Cela m’a permis de rester en contact avec de nombreuses associations culturelles, sportives, mémorielles. C’était un travail très enrichissant. J’étais chargée auprès de l’Inspecteur d’Académie (aujourd’hui la Direction Académique), de faciliter les rapprochements entre les établissements scolaires et les différentes associations. J’avais également pour mission d’aider sur le point financier pour la réalisation des projets que nous mettions en place dans les établissements scolaires. Selon la teneur du projet, nous évaluions le projet en commission de sélection et mon rôle était de proposer un financement qui était en général, validé, par l’Inspecteur de l’Académie pour aider ces projets « mixtes » entre l’Éducation Nationale et les différentes associations.

Comment avez-vous connu Rebonds! et qui a été votre interlocuteur premier ?
En 2005, ça remonte à il y a quelques années, le directeur académique m’a demandé de faire revivre un projet qui était « dans notre langage Education Nationale l’un des thèmes académiques » des années précédentes appelé « L’autre et l’ailleurs ». C’était un bulletin d’information de l’inspection académique de la Haute-Garonne avec une parution tous les trois mois sur un thème selon les activités proposées. « L’autre et l’ailleurs » permettrait de découvrir l’altérité par une approche culturelle et artistique. Le but du rugby était de faire rapprocher des établissements ZEP et hors ZEP (aujourd’hui appelés REP et REP +). Le but était de faire se rencontrer les élèves de diverses cultures, valoriser la diversité culturelle qui était pour nous un élément essentiel du patrimoine régional et valoriser une des sources de cette diversité qui était l’immigration. Cela a donné des projets fabuleux, des rencontres fabuleuses. Le but était de s’enrichir par la rencontre et la connaissance de l’autre. Pour faire tout ce travail, le partenariat avec le monde associatif était très important, il permettait d’aider au développement des compétences qui étaient utiles pour la vie sociale et professionnelle future des jeunes. L’intérêt était de les aider à construire leur propre identité, à avoir un regard sur l’autre qui soit une réelle richesse et en même temps qui développe une réelle action citoyenne pour poser les axes d’un mieux vivre ensemble. Nous étions parti·e·s sur des projets comme le théâtre, la danse, la musique et le sport. Vous vous doutez bien, c’est comme ça que j’ai rencontré Sanoussi DIARRA (co-fondateur de l’association Rebonds!, aujourd’hui délégué au développement). Son objectif était noble et le travail que faisait Rebonds! nous semblait rentrer dans « L’autre et l’ailleurs », dans cette rencontre de mixité sociale. C’est donc dans ce cadre que j’ai rencontré Sanoussi, les écoles étaient tellement satisfaites de ce travail sportif qui s’inscrivait dans un parcours pédagogique. Étant responsable du financement des projets avec les associations, nous avons mis en priorité Rebonds!, nous avions une enveloppe spécifique et le rugby était une priorité. Le travail a continué en aidant les élèves en difficulté avec notamment un travail sur les quartiers Politique de la Ville. Toujours dans le positif Rebonds! correspondait toujours à cet objectif sportif à caractère social.

Comment s’est déroulé votre arrivée au sein du Conseil d’Administration ?
Un jour, quand j’ai quitté l’Education Nationale, j’ai reçu un coup de téléphone de Sanoussi, nous nous étions croisés à la préfecture lorsqu’il recevait les Palmes Académiques. Nous nous sommes revus des années après en se demandant comment nous allions. Puis quelque temps après, il m’a téléphoné pour me demander si je ne voulais pas venir les aider à Rebonds!. C’était avec grand plaisir car j’avais beaucoup de bien à dire sur Rebonds!, mais en lui disant que je n’étais pas tout le temps à Toulouse et que j’étais occupée. De fil en aiguille je suis devenue administratrice et j’en suis ravie et c’est un bonheur de travailler avec Rebonds! et de continuer à les aider et à les faire connaître.

Quel est selon vous le rôle du Conseil d’Administration dans l’organisation de Rebonds! ?
Je souhaitais vraiment aider Rebonds!, ce n’était pas simplement des mots. Donc effectivement je ne voulais pas m’engager car j’avais peur de pas répondre à des questions de temps, et puis, parce que j’avais diverses activités avec l’association François Verdier et le mémorial de la Shoah notamment, je suis souvent à Paris pour ça d’ailleurs. Je voulais réellement m’engager auprès de Rebonds! et j’étais sincèrement flattée d’être au Conseil d’Administration. D’après moi, le Conseil d’Administration est la structure, l’entité qui permet de valider les actions, d’entériner les propositions, de faire des propositions et puis de pouvoir en discuter et ainsi tout à une valeur, tout devient concret. Cela permet de s’inscrire dans une durée et d’avoir une authenticité. Le CA s’est vraiment “estampillé quelque chose de sûr”. C’est effectivement très important.

En quoi votre ancienne profession pourrait faciliter vos actions en faveur de Rebonds! ?
Étant à la direction académique, j’avais des contacts avec beaucoup de personnes, à l’intérieur de la direction académique et à l’extérieur avec d’autres départements de l’académie. Aujourd’hui j’ai gardé des contacts et je peux facilement aller demander des rendez-vous, parler de Rebonds!. Par mes contacts dans les autres départements et avec ma casquette mémorielle si je puis dire, je contacte les différents directeurs académiques des autres départements. J’en veux pour preuve, nous allons prochainement, avec Jules, rencontrer le directeur académique de l’Aude puisque un projet se développe sur ce territoire. J’ai pu reprendre contact avec le directeur académique du Tarn-et-Garonne, avec la directrice académique du Tarn également… Pour répondre à votre question, mon ancien métier m’a permis de garder des contacts et de les renouer au service de l’association, de pouvoir parler de Rebonds! dans ses différents départements et insister, même si Rebonds! est déjà connu, sur l’action tout en facilitant la mise en place de projets. Le réseau Éducation Nationale est primordial, car comme vous le savez et je l’entends souvent au Conseil d’Administration il y a cette entrée par les jeunes et les écoles qui facilitent le travail de Rebonds!. J’ai à cœur de faciliter ce travail par les connaissances que j’ai encore.

Vous êtes également vice-présidente de l’association François Verdier – Forain, quelles sont les raisons qui vous poussent à vous engager dans l’associatif ?
L’associatif pour moi c’est très important et ça s’est vérifié dans mon métier, je pense qu’il faut cette ouverture sociale et citoyenne. En tant qu’ enseignante, je ne concevais pas mon métier comme quelque chose de fermé entre les 4 murs d’une classe ou entre les 4 murs d’un bureau à l’Inspection Académique. Mais au contraire, avec une ouverture sur le monde, une ouverture sur la société et c’est pour ça que je tire mon chapeau à tout ce travail associatif de terrain que Rebonds! fait et que nous ne faisons pas assez à l’Education Nationale. Je remercie les associations pour ça, car c’est justement ce qui permet cette ouverture sociale et citoyenne. Il est important de montrer aux jeunes un monde ouvert sur l’autre et sur la mixité sociale. Cette richesse n’est possible que grâce à l’associatif. Quand j’étais enseignante, j’ai toujours conçu mon métier avec une ouverture. Je travaillais beaucoup dans le domaine cinématographique, ensuite j’ai poursuivi dans du bénévolat avec un club UNICEF, nous faisions des actions pour les enfants de l’UNICEF, et puis j’ai été formatrice pour les enseignants, je faisais des stages de formations, c’était toujours dans le domaine du cinéma, avec toujours comme objectif de transmettre vers l’autre et au monde extérieur. Je suis très vite partie dans ce travail de mémoire, où j’ai eu de nombreux contacts. Via le mémorial de la Shoah, j’ai emmené pendant des années des élèves et des enseignants à Auschwitz. Pour continuer dans ce travail, l’été, j’emmenais les lauréats des concours de la résistance dans les camps en Allemagne et en Autriche. Je ne travaille pas que sur le génocide des juifs mais également sur le génocide arméniens, tutsi et en ce moment je suis affectée par ce qui se passe en Ukraine, vous vous doutez bien. J’ai souhaité continuer à travailler dans ce sens pour toutes ses minorités et ses peuples en souffrance. Ça m’intéresse beaucoup et j’ai voulu continuer ces missions. La retraite pour moi ce n’était surtout pas s’arrêter, ne plus rien faire, mais continuer à m’investir. J’étais très touchée par ce qu’étaient les inégalités, la méchanceté, l’injustice et je voulais m’investir dans tout ça. Au mémorial de la Shoah, ma mission actuelle est de mettre en place des ateliers pédagogiques avec des historiens auprès des classes pour travailler avec les enseignants sur des valeurs de respect de l’autre, l’ouverture à l’autre, comment on peut arriver à un génocide, comment limiter et ne pas reproduire les erreurs du passé, lutter contre le racisme, l’antisémitisme… Je reviens sur le travail de Rebonds!, le travail sur le vivre ensemble se sont les valeurs que l’association transmet. Rebonds! c’était la transmission de ce que je faisais ailleurs. Vous parlez de fair-play, de vivre ensemble, c’est toutes ces notions qu’apporte le rugby, qui est un sport très noble avec toutes les valeurs qu’il véhicule. Les personnes que je côtoie à Rebonds! je les trouve extraordinaires. C’est un plaisir de travailler à Rebonds!, je le pense sincèrement. C’est un bonheur de travailler ici autant que de travailler au mémorial de la Shoah, et l’association François Verdier.

Votre engagement associatif a occupé et occupe encore une place importante dans votre vie, à côté de ça avez-vous un intérêt particulier pour le rugby ?
Je l’attendais cette question ! Mon mari est un ancien rugbyman à Toulouse, il n’était pas au Stade Toulousain mais dans un autre club de rugby, il ne joue plus depuis longtemps. Il a d’ailleurs eu le nez cassé ! J’ai trois filles, dont deux filles qui adorent le rugby, elles suivent de nombreux matchs et elles sont supporters du Stade Toulousain depuis toutes petites. Elles ont été bercées là-dedans… Elles étaient d’ailleurs très contentes que je sois au Conseil d’Administration. J’ai un petit fils qui a deux ans et je viens de lui offrir un ballon de rugby en peluche, il suit déjà les matchs en disant « allez Toulouse ! », il a également un petit livre qu’on lui a offert « initiation au rugby » avec les règles du rugby. Un autre petit-fils de 8 ans, celui de ma fille aînée, vient d’annoncer qu’il souhaitait faire du rugby, il est ravi. Je ne suis pas une grande sportive, littéraire, cinéphile mais pas le sport… Non j’allais oublié ! je fais du ski, j’étais même monitrice de ski. Après je fais un peu de natation et de la marche. Dans le ski il y a aussi des belles valeurs : ne pas faire de la compétition, faire attention à l’autre pour respecter les pistes de ski. C’est des notions d’altérité qu’on retrouve aussi.

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